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Marina Petrella, jour de relâche

Autore:
ELISE BRISSAUD, RENAUD LECADRE et MOUNIR SOUSSI, Libération

www.sergiofalcone.blogspot.com

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Société
Marina Petrella, jour de relâche
ELISE BRISSAUD, RENAUD LECADRE et MOUNIR SOUSSI
Libération : mercredi 6 août 2008

Marina Petrella est libre. La cour d’appel de Versailles a ordonné hier après-midi la levée de son «écrou extraditionnel». Elle a ainsi suivi les réquisitions du parquet, qui avait demandé sa remise en liberté sous contrôle judiciaire en raison de son état de santé alarmant. Libre, Marina Petrella demeure toutefois sous la menace d’une extradition vers l’Italie.

«Abandon de vie».L’ex-membre des Brigades rouges, 54 ans, avait été condamnée en 1992 à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre d’un commissaire de police à Rome. Depuis, elle avait trouvé refuge et refait sa vie en France sous la protection de la doctrine Mitterrand, accordant l’asile aux ex-brigadistes pour peu qu’ils se tiennent tranquilles. La parole présidentielle a tenu jusqu’au 9 juin 2008, date à laquelle le gouvernement français, sous la signature de François Fillon, a avalisé son décret d’extradition, onze mois après son arrestation à Argenteuil (Val-d’Oise).

Depuis, Petrella se laisse mourir. Ses médecins évoquent un «abandon de vie», des «troubles dépressifs et suicidaires». Sa fille, Elisa, affirmait hier que sa mère avait encore perdu 1 kilo - elle n’en pèse plus que 38. C’est sur ces éléments, et notamment le dernier certificat médical de son médecin, Frédéric Rouillon (lire page 4), que l’avocat général, Michel Doumenq, s’est appuyé pour demander la mise en liberté de l’ancienne activiste. Le professeur de l’hôpital Sainte-Anne à Paris note que «son état de santé n’est pas compatible avec sa condition de détenue». Lors de l’audience à la cour d’appel, hier en fin de matinée, l’avocate de Marina Petrella, Me Irène Terrel, a salué «l’initiative du ministère public, compte tenu de la dégradation profonde de la santé physique et psychologique» de sa cliente.

Paradoxalement, ce n’est pas Petrella qui réclamait sa propre remise en liberté. «Elle en serait incapable et n’aurait pas supporté un nouvel échec de procédure», souligne son avocate. Mais ce sont les pouvoirs publics, par la voix du parquet général de Versailles, sous tutelle de la chancellerie - donc de Rachida Dati, fidèle de Sarkozy. Dans un premier temps, le Président avait fièrement assumé l’extradition, puis tenté d’en tempérer les effets en demandant au président de la République italienne, via Silvio Berlusconi, d’accorder un droit de grâce à Petrella en raison de «son état de santé».

«Je veux dire à la cour que de votre décision dépend la vie de Mme Petrella», a conclu Me Terrel, hier à la barre. Tout en reconnaissant la légitimité du contrôle judiciaire (obligation d’indiquer à la justice ses lieux d’hospitalisation et de résider chez elle, à Argenteuil, une fois rétablie), l’avocate ne l’estime pas utile. Elle souligne que sa cliente «n’a pas la moindre intention de se soustraire à quoi que ce soit qui émanerait de la France», à la différence de Cesare Battisti.

L’avocate considère que cette décision est un «premier pas vers l’apaisement définitif», mais que ce n’est «qu’un premier pas». Se félicitant, en marge de l’audience, du geste politique que constitue à ses yeux la demande de remise en liberté voulue par le parquet, elle en attend un autre : l’annulation de la procédure d’extradition, pendante devant le Conseil d’Etat (lire ci-dessous). Là encore, selon elle, «la décision est politique, même si la procédure est judiciaire». Preuve s’il en est que la politique a son mot à dire, Bernard Kouchner s’est réjoui de la remise en liberté. Et le ministre des Affaires étrangères de Sarkozy d’expliquer qu’il a «toujours plaidé pour qu’une issue humanitaire puisse être trouvée», comme l’autorise la loi sur les détenus malades dont, rappelle-t-il, il a été «l’initiateur» lorsqu’il était ministre de la Santé de Jospin.

«Bataille». La fille de Petrella, Elisa, se contente aussi de cette décision, mais reste prudente : «Nous n’avons gagné qu’une bataille. Cela donne espoir pour la suite, mais il faut que M. Sarkozy aille au bout de cette démarche.» Elle rappelle que bien d’autres réfugiés italiens sont dans une situation identique à celle de sa mère (lire page 4), et que la France se heurtera aux mêmes problématiques si le gouvernement n’accepte pas de tenir un discours plus général sur la question.

Symboliquement, les deux principaux syndicats de magistrats français tiennent un discours opposé. L’USM (majoritaire et centriste) apporte son «entier soutien aux institutions judiciaires italiennes», le Syndicat de la magistrature, marqué à gauche, dénonce des «petits arrangements entre amis», Sarkozy et Berlusconi.

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